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Entretien avec Arnold Jeannesson

le 21 juil. 2014
Arnold Jeannesson : « Thibaut Pinot a le podium dans les jambes »
Comme toujours, Arnold Jeannesson est serein. A six jours de l’arrivée du Tour de France, le lieutenant de Thibaut Pinot sait le rôle majeur qu’il va tenir dans les Pyrénées mais il ne doute pas de lui, ni de son leader. Sa confiance est communicative.

Arnold, comment vas-tu après deux semaines de Tour ?

Après deux semaines, je vais bien. J’ai bien encaissé tous les efforts et c’est de bon augure avant la dernière partie importante pour Thibaut et pour l’équipe

Tu es un équipier exemplaire reniant sa propre chance. Est-ce un rôle facile à tenir ?

Ce rôle dans l’ombre ne me déplait pas. En 2013, c’était plus compliqué avec un leader ratant son objectif. Cette année, c’est l’opposé. On ne s’attendait pas à ce que Thibaut soit aussi haut au classement général. Parfois il y a de bons cotés, parfois il y en a de mauvais mais cette fois je travaille pour un coureur qui est dans le Top 5 du Tour et j’y prends beaucoup de plaisir.

Tu lui apportes ta compétence physique et technique mais de la sérénité aussi ?

Il a confiance en moi, il sait que je suis calme et posé, un peu l’opposé de certains jeunes coureurs dans l’équipe. Parfois, Thibaut a besoin de faire le con, de se détendre. Et il a aussi parfois besoin de se poser et les vieux, ceux qui ont de l’expérience, lui sont très utiles. Il a perdu Arthur Vichot mais il a toujours son collègue de chambre « Titi » Pineau qui est toujours là pour le soutenir. Dans l’ensemble on s’entend tous bien, on court beaucoup ensemble et au fil des années, il y a des affinités qui se font entre les coureurs.

Depuis le départ de Leeds, on t’a beaucoup vu en réserve, en queue de peloton ?

C’est aussi un choix de ma part. Je ne voulais pas arriver en forme trop tôt, pour progresser dans les deux première semaines et être au top dans la troisième et dans les Pyrénées qui sont importantes. L’idée était de ne pas griller mes cartouches même si j’en ai grillées en courant derrière parce que derrière on reçoit beaucoup. En Angleterre, on ne s’attendait pas à ce que ça se passe comme ça. J’y ai mal couru mais j’ai bien récupéré. Dans les Alpes j’ai senti que je montais en pression. Je suis revenu en tête de peloton, ça frotte un peu moins. J’épaule Thibaut plus longtemps.

La première étape des Pyrénées se conclut par la descente du Port de Balès. Comment vois-tu les choses ?

C’est dans les Pyrénées que va se jouer le podium du Tour. Nibali est, sauf pépin, inaccessible. On sait que dans les cols pyrénéens, avec des pourcentages importants, les écarts vont se faire naturellement et peuvent être amplifiés dans les descentes. Il y a des leaders qui vont prendre des risques et attaquer de loin. Je pense notamment à l’étape du Pla d’Adet. Il y a trois étapes de cols mais trois scenarii très différents et des stratégies à adapter. Hautacam, ce sera une montée sèche où tout le monde donnera le maximum parce que ce sera la dernière. Les deux précédentes étapes seront plus piégeuses.

Quel genre de leader est Thibaut ?

C’est différent de ce que j’ai connu à la Caisse d’Epargne. Thibaut est le plus jeune que j’ai épaulé. Il manque peut-être de maturité sur certains points mais il a la tête sur les épaules, il a de l’ambition. Le soir, il peut rester dans sa bulle, mais il peut avoir besoin de déconner mais sans se déconcentrer et ça c’est bien.

En un an, le contraste est énorme ?

L’échec de l’an dernier, il fallait s’y attendre. C’était dangereux de tout lui mettre sur les épaules, de mettre tous les coureurs à son service. Il avait une pression énorme sans avoir une grande expérience, il avait disputé un seul Grand Tour et n’avait jamais joué le général même s’il avait fait dixième en 2012 où tout s’était bien passé. Il s’est remis en cause, s’est bien relancé dans la Vuelta où il a repris de la confiance et a rassuré tout le monde.

Aujourd’hui, au deuxième jour de repos, Thibaut semble encore frais ?

Il est fatigué mais il a de la réserve. Même fatigué, il reste très fort. Il aime bien se plaindre parce qu’il a besoin qu’on le rassure mais il est encore très bien. Depuis le premier jour, il ne s’est jamais relevé, il a disputé toute les étapes à fond, il a tout encaissé, la mauvaise météo, la chaleur. Je suis serein pour lui et je pense que ça va bien se passer dans les Pyrénées.

Donc on peut envisager le podium, le maillot blanc…

Il a les jambes pour le podium, j’en suis convaincu. Il les a donc aussi pour le maillot blanc. Avant Hautacam on saura ce qu’il peut envisager. Le contre la montre est une discipline différente mais il est désormais au niveau des meilleurs, il peut rivaliser. Il ne perdra pas de temps.

Arnold, tu es un super bon coureur. Est-ce facile d’accepter ce travail ?

Parfois ce n’est pas évident. Les amis, la famille me disent ‘’quand prends-tu une échappée ? T’as les jambes pour aller devant’’ mais c’est compliqué de leur expliquer, de rabâcher toujours la même chose… C’est un choix que j’ai fait, que l’équipe a fait aussi et ça ne me déplait pas. Il y a des jours où j’aimerais jouer ma carte mais il y a d’autres courses dans l’année que le Tour de France. Au Tour, on le fait pour Thibaut et c’est prévu depuis le mois de janvier. Il n’y a pas de frustration. Des fois ça me démange. Je suis devant, il y a un coup qui part, la porte est ouverte et il y a trois coups de pédale à donner pour m’échapper mais non, je reste à côté de Thibaut. Lui aussi, parfois, ça le démange mais étant le leader, il n’a plus le droit. Quand on veut faire podium du Tour, il n’y a pas de cartouches à dépenser pour rien.

Pourquoi as-tu refuser l’offre du Team Sky il y a un an ?

Du Team Sky et d’autres équipes qui m’intéressaient bien plus… Partir à l’étranger m’ennuie, parce qu’il y a la barrière de la langue. Et à la fdj.fr je me sens bien, l’équipe me fait confiance, je suis dans le bon noyau et me faire une place dans une autre équipe, je n’en ai pas envie pour l’instant.

Tu connais ton programme pour la fin de saison ?

Je n’ai pas encore eu Martial Gayant mais j’en connais les grandes lignes : je vais faire la Clasica San Sebastien, comme en 2013 essayer de faire un bon résultat. Puis l’Eneco Tour qui est une course qui me plait bien depuis qu’ils ont remis des côtes comme La Redoute. Je ne vais pas disputer la Vuelta. Avant le Tour, je disais que je voulais la faire mais avant le Tour on veut faire plein de choses... Après, on est fatigué. J’ai beaucoup couru cette année depuis le Tour d’Oman. Je veux me calmer en prévision de la saison de cyclo cross et du championnat de France dans ma région, à Ponchâteau. J’ai ma petite idée derrière la tête et même s’il y a Francis Mourey, j’essaierai de jouer ma carte là-bas.

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