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Entretien avec Marc madiot

le 31 oct. 2013
Fin octobre, c’est l’heure du bilan et Marc Madiot, le manager de l’équipe FDJ.fr, accepte avec enthousiasme de le faire pour la saison 2013. Une année pleine, riche de 33 victoires et 40 podiums. C’était une belle année de promesses tenues et, c’est peut-être le plus important, celle d’une transformation radicale des coureurs du Trèfle en course. Désormais, ils prennent la course en main, sans s’occuper des autres, en ne fléchissant pas. Une solidité collective qui permet d’envisager l’hiver avec sérénité.

Marc, est-ce suffisant de rappeler le nombre de victoires de ton équipe (33) pour affirmer que la saison fut bonne ?

La saison est bonne par les chiffres mais il y a eu une déception sans que ce soit une catastrophe. Il y a eu avant le Tour, après le Tour et justement mes coureurs valaient mieux que ce qu’ils ont montré dans le Tour. Ce sport est pratiqué par des hommes et il faut simplement l’accepter.

Durant l’hiver, tu avais dit que tu n’avais jamais eu un tel effectif, que c’était l’équipe dont tu rêvais…

Et j’avais aussi affirmé que 30 victoires était l’objectif en misant sur le fait que mes deux sprinteurs en totaliseraient 10 chacun. Onze des coureurs de l’équipe ont levé les bras. Cela signifie qu’il est donc possible de travailler pour un leader et de s’exprimer parfois. Il y a eu, toute l’année, une grosse émulation dans l’équipe. Les places étaient chères dans toutes les courses et cela a tiré le groupe vers le haut. Ce n’était pas facile pour les gars de conserver leur place et de suivre le programme souhaité. Il a fallu qu’ils se crachent dans les mains. Avant certaines courses, nous avons eu quelques dilemmes pour composer l’équipe mais je veux bien en vivre plus encore en 2014.

Comment expliques-tu cette réussite ?

Elle s’est fabriquée progressivement. Tout le monde sait, à tous les niveaux, ce qu’il y a à faire. On maîtrise bien l’entraînement. On maîtrise mieux ce que chacun doit faire en course. Nous avons été dans l’action de 90 à 95% des épreuves disputées après le Tour. A la sortie, nous sommes allés chercher des résultats, victoires ou accessits dans toutes ces courses sauf deux. On s’est troué dans la Polynormande et dans le Grand Prix de Wallonie. Dans la Châteauroux-Classic de l’Indre aussi mais sans une chute collective, on aurait été dans le jeu. Dans toutes les autres courses, la balle est passée par nos pieds.

L’équipe a semblé de plus en plus confiante en effet ?

On a trouvé notre rythme de croisière en deuxième partie de saison. Avant, ce n’était pas tout le temps même s’il y a eu la grande satisfaction des 4 Jours de Dunkerque par exemple… Après, collectivement, on a trouvé de la confiance et on a gagné le respect des autres. Dans les courses World Tour, quand les gars allaient rouler, personne ne les a dégagés. C’est notre place désormais. On roule, on travaille, on fait tout pour gagner !

En 1997, Marc Madiot disait toujours que son équipe ne roulerait jamais…

(Il sourit)On est passé d’un cyclisme roublard à un cyclisme en maîtrise. Je ne peux pas dire que le scénario des courses me plait davantage, ce n’est pas toujours spectaculaire mais c’est efficace. Et parfois confortable. Je l’ai déjà dit, au Grand Prix de Fourmies gagné par Nacer, mes collègues directeurs sportifs n’ont pas dû s’amuser mais on a gagné. Bon, pour le spectacle, il y a des journées comme l’Angliru ou Peyragudes (succès de Kenny Elissonde et Alexandre Geniez).

Puisqu’il est question de Nacer, que dis-tu à ceux qui prétendent que tu vas avoir un problème de cohabitation entre Nacer et Arnaud ?

Déjà, Degenkolb et Kittel montrent que c’est possible. Au début du mois d’octobre, on a déjà ébauché les programmes de début de saison qui seront validés en décembre et nos deux sprinteurs ne vont pas courir ensemble. Pas parce que ce n’est pas possible mais parce que c’est mieux de jouer la gagne sur deux tableaux. Ils ont des objectifs en commun mais ce n’est pas gênant. Par exemple, ils ont tous les deux envie de disputer Milan-San Remo. Début janvier nous irons voir à quoi ressemble le final avec cette côte ajoutée entre la Cipressa et le Poggio. Pas sûr, d’après ce que j’entends, que les sprinteurs soient à la fête désormais…

Quel bilan tires-tu de la campagne des classiques 2013 ?

J’ai bien aimé parce que nous n’avons pas cessé de progresser. Du Circuit Het Nieuwsblad à Paris-Roubaix, nous avons été dans le coup sur les plans physique et mental. En 2014, nous devrons partir de moins bas. Je veux que mes coureurs arrivent d’entrée avec l’acquis de 2013. Ça passe par plus de confiance, et aussi par le fait d’être moins spectateurs de ce que font les autres. Ils ne doivent pas regarder ce que font ceux d’Omega Pharma-Quick Step. En ce moment, si une équipe regarde jouer le PSG, elle ne peut pas gagner. Il faut leur rentrer dans le lard. Et bien c’est pareil pour mes coureurs de classiques. Je sais que je vais pouvoir m’appuyer sur le trio Ladagnous-Bonnet-Offredo mais je pense qu’au printemps prochain Demare et Le Bon seront au niveau. Et Le Cuisinier sera vite dans le match. Yoann Offredo a trouvé son rôle dans l’équipe, c’est un bon lieutenant pour Nacer et Arnaud et il sait que dans les classiques, il aura son heure de gloire.

C’est plus compliqué dans les Ardennaises ?

Arthur Vichot a gagné en maitrise, en expérience et en confiance. Ses courses au Canada, en septembre, lui feront beaucoup de bien. Et dans l’équipe, beaucoup de coureurs aiment ces courses.

Début 2013, tu n’as cessé de répéter à tes coureurs qu’il n’y a pas que le Tour… En fait il n’y a eu que le Tour où ça n’a pas marché !

Ça fait partie de la vie d’une équipe, de la vie d’un coureur. Le moment a été difficile pour Thibaut, il fallait peut-être qu’il vive ça… Sa réaction dans la Vuelta (7e du classement final) a été bonne. Il a relevé la tête et le Tour, finalement, ne sera pas trop pénalisant pour lui. En Espagne, il a démontré que sa place est devant. Il n’est pas le seul à avoir des lacunes mais lui est jeune. Le but, en 2014, est de l’aider à gommer ses défauts. De le convaincre, par exemple, d’aller rouler sur les pavés. Il est entouré par de très bons grimpeurs et eux-aussi auront leur chance. Par exemple, Kenny va retourner dans la Vuelta…

Nous avons parlé des jeunes, des sprinteurs, des leaders mais il y a les équipiers, ceux qui travaillent dans l’ombre. Les vieux grognards par exemple ?

Oui un Benoît Vaugrenard qui sait rouler longtemps dans le vent avec un mec dans la roue, un Geslin qui a le sens de la course, un petit Pineau toujours présent. Il y a Murilo Fischer qui nous a apporté apaisement et expérience. Un regard venu d’ailleurs aussi. Il est rassurant. Les équipiers, j’en suis content.

Marc, quelle a été la plus belle victoire en 2013 ?

Le championnat de France sur route, sans hésitation. Je n’en avais vu que le dernier kilomètre à la télévision mais c’était fort, très fort pour moi.

Comment trouves-tu ton recrutement pour 2014 ?

… Il est réussi puisque tous ceux sur qui je compte on resigné. Les jeunes Le Cuisinier et Le Gac seront à la hauteur, Seb Chavanel fera les 500 derniers mètres pour Nacer. Pour le reste, le mot d’ordre est de continuer sur notre lancée, de rester dans la même dynamique.

Marc, c’est quoi un bon hiver ?

Pour moi et mes adjoints, c’est une logistique sans souci, que les livraisons de matos soient sans anicroche. Pour mes coureurs, c’est un repos studieux, bien évacuer le stress et revenir avec de l’envie. Et puis l’hiver, c’est Francis Mourey qui est déjà dans le coup. Il est tombé dans la première Coupe du Monde mais a fini quatrième de la deuxième à Tabor en jouant le podium. Il a gagné en confiance grâce à ses résultats sur route, il a compris qu’être affuté c’est bien. Il va faire du Mourey, c’est du sérieux mais surtout il va avoir des opportunités à saisir.

Un dernier mot sur le grand pote de Francis Mourey, Sandy Casar, qui a tiré sa révérence ?

On va le fêter pendant l’hiver. Sandy a été de la génération sacrifiée mais il a été admirable, il n’a jamais baissé les bras. Il a fait une belle carrière même s’il y a eu de la frustration. Dans le Tour, il y en a qui se moquaient de lui, lui collant une image de looser et je ne l’ai pas digéré. Sandy est un mec rare et je souhaite à tous les directeurs sportifs de travailler avec un coureur de cette trempe. Sportivement et humainement, oui, c’est rare…

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