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Entretien avec Martial Gayant

le 27 févr. 2014
« On y va avec la baïonnette »
Le directeur sportif de l’équipe FDJ.fr vit pour les classiques et c’est avec beaucoup d’envie qu’il a préparé la campagne qui débute samedi avec le Circuit Het Nieuwsblad. Tant pour la logistique et le matériel que pour accompagner le groupe de coureurs qui partagent avec lui et Marc Madiot la même passion. Quand Martial en parle, la dimension des classiques est bien réelle.

Comment tu sens les classiques cette année ?

La FDJ.fr est une équipe qui a pris de l’expérience, qui a grandi. La maturité est là. Un coureur comme Arnaud Démare a bien compris l’approche et le déroulement d’une classique en est l’exemple. Comme la course reste souvent bloquée et qu’il est en forme, il peut vraiment tirer son épingle du jeu dans Gand-Wevelgem mais aussi le Tour des Flandres. Arnaud nous a surpris sur ses premières prestations, en 2013, en terminant tout près du premier groupe.

 

Tu le considères déjà comme un leader ?

Nous avons un certain nombre de coureurs qui peuvent prétendre à ce statut au sein du Trèfle. Dans ce groupe il y a de la concurrence et de l’émulation et je constate que tous font le petit effort en plus. Arnaud Démare en fait partie bien sûr.

 

La première classique, même si elle n’est pas World Tour, est le Circuit Het Nieuwsblad, samedi. Est-il important d’avoir d’entrée un gros résultat ?

Oui parce que ça permet d’enchaîner. Nous sommes restés sur une bonne note dans le Tour du Qatar avec la victoire d’étape d’Arnaud le dernier jour malgré la perte de trois coureurs importants dans notre groupe de classiques(Ladagnous, Boucher, Le Bon). Ce Nieuwsblad, c’est le lancement de la campagne et il est nécessaire de trouver d’emblée ses repères, de démontrer de la hargne, de combattre les bonnes équipes telles que Omega Pharma-Quick Step qui était au-dessus du lot au Qatar. Faire un top 10, samedi, obtenir le meilleur résultat possible, permettra de rester dans une bonne spirale, de partir ensuite à Tirreno-Adriatico en continuant de travailler aux mêmes objectifs.

 

En terme de motivation, il n’y a jamais besoin d’en rajouter avec un coureur de classiques, non ?

J’en parlais avec Thibaut Pinot avant qu’il ne nous quitte à Oman à cause de son angine. Il me disait être heureux de vivre avec ce groupe pendant Tirreno-Adriatico mais il a noté que la conversation n’est pas la même que pour le groupe des courses par étapes. ‘’Eux, ils parlent de bordures, de frotter, de se placer en disant presque du mal des adversaires, parfois en manquant de respect’’. Ben oui, Thibaut a raison, dans les classiques il n’y a pas de respect, on y va avec la baïonnette.

 

A moins d’avoir un prodige tel que Peter Sagan, combien faut-il de temps pour préparer un coureur de classiques ?

Mais on l’a le prodige avec Arnaud Démare. J’ai été très surpris de ses résultats, de ses progrès et de son implication en 2013. Il comprend très vite. Il a évidemment encore une marge de progression mais je pense que ce sera très rapide pour lui.

 

Ce sont des courses qui nécessitent une approche très longue, une préparation matérielle et logistique pointilleuse. Tu commences quand ?

Je n’arrête jamais de m’y consacrer. Le matériel, par exemple, on le ressort de temps en temps. Dans le Tour parfois, à l’Eneco-Tour, au Franco-Belge. Il n’a pas le temps de prendre de la poussière. En fait ce sont les coureurs qui me font travailler et anticiper parce que leur conversation tourne toujours autour de ces classiques. J’avais l’impression que ça allait s’arrêter un peu quand Frédéric Guesdon et Christophe Mengin sont partis mais Matthieu Ladagnous, Yoann Offredo, Arnaud Démare ont repris le flambeau. Je sens que tous ces coureurs veulent réussir, individuellement et collectivement et je me dois de leur apporter le matériel qui convient. Qu’à la sortie de cette campagne de classiques, on n’ait pas de regret, qu’il ne nous manque pas un résultat à cause de l’aspect matériel. Qu’ils aient une confiance totale en ce que nous leur proposons. C’est le moyen pour moi de faire partie du groupe.

 

Marc Madiot loue très souvent ta connaissance du terrain en Flandres. Tu connais chaque recoin, chaque portion pavée, chaque mont, tu sais couper pour aller de l’un à l’autre. Il dit ‘’avec Martial, pas besoin de GPS ! ’’ Ça te vient d’où ?

De mon apprentissage dans les classiques avec Hinault, LeMond, Fignon aussi, et bien sûr Marc qui était mon équipier. Très jeune (rires) j’avais un GPS. J’habitais à Parisis aux Bois, entouré de forêts et quand je partais à 6-7 ans dans le bois, j’ai appris à m’orienter avec le soleil et à effectuer des repérages visuels, un rocher, des chemins qui se croisent, un arbre dont la forme est originale.

 

Le parcours du Circuit Het Niewsblad ne change pas, c’est vraiment nécessaire de faire une reconnaissance vendredi ?

Moi, je n’ai pas fait l’armée mais je pense qu’un contingent, quand il part en Afrique, il y a un travail préliminaire, un entraînement qui correspond à cette mission forcément différente de ce que les soldats vivent habituellement en France. Et bien, bien pour nous c’est un peu pareil. Ça nous permet d’entrer dans le sujet, de partager le soir autour de la table, de manger flamand, de respirer flamand. Souvent j’ai entendu ‘’ils ne sont pas faciles à battre, ils sont dans leur jardin’’. Ben alors faisons en sorte d’être flamand pendant un mois et demi. De parler Flamand. De savoir comprendre ‘’droite’’, ‘’gauche’’ dans le peloton. Ça fait partie du bagage que de comprendre ces mots dans des courses qui n’arrêtent pas de tourner. Sans rire, ça peut éviter quelques désagréments, des chutes par exemple.

 

Alors Martial, ce sera quoi une bonne campagne de classiques cette année ?

Un top 5 dans le Tour des Flandres comme ‘’Lada’’ en 2013. Mettre un coureur dans le Top 10 de Paris-Roubaix en titillant la première place. On sait que nos adversaires sont coriaces, que nous allons faire face à des Dream Team des classiques mais nos coureurs, je le sais, travaillent beaucoup depuis plusieurs semaines pour en faire partie.

 

On s’attendait à entendre qu’une une bonne campagne de classiques cette année serait une victoire à la clé ?

Oui évidemment mais il faut être lucide, tenir compte de la force des autres et si nous devons gagner une classique, ce le sera d’abord parce que nous n’avons pas été calculateurs. En restant aux vingtième et trentième place dans le peloton, on voit les meilleurs juste devant nous mais on n’en fait pas encore partie. Si on veut gagner, on doit se battre et avancer d’un cran. Ne pas avoir peur, être offensif, jouer son joker sont des mots qui reviennent toujours dans les briefings de Marc Madiot.

 

Et comme disait Bernard Hinault, se souvenir que les costauds ont deux bras et deux jambes comme tout le monde ?

Dans les années Armstrong, nous avons été écrasés mais avec la nouvelle génération, je le sens, il va y avoir de nouveau un engouement, une montée en puissance des coureurs français.

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