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« Etre leader, parfois… »

le 09 nov. 2016 - Entretien, avec Anthony Roux
C’est rare, la saison d’Anthony Roux est vierge de victoire en 2016, mais il est néanmoins très satisfait de ce dernier exercice qui l’a vu obtenir de beaux résultats personnels en travaillant le plus souvent pour Thibaut Pinot. Un peu plus d’un mois après une opération de la cloison nasale, Anthony sait enfin exactement quelle est sa place au sein de son équipe et prépare 2017 avec sérénité et calme.

Anthony comment ça va ? Tu es bien remis de ton opération ?

J’ai été opéré à Hyères deux jours après le Tour de Lombardie. Le chirurgien a arrangé la cloison nasale droite. Depuis toujours, j’ai été ennuyé, j’ai eu beaucoup de maladies. Je voyais cet ORL depuis trois ans. Il me faisait des séances de laser mais l’effet n’était que de deux semaines seulement. Je suis resté trois jours à l’hôpital, j’ai porté des attelles dans le nez pendant deux semaines et il m’a été conseillé de faire quatre semaines sans sport. C’était le temps de ma coupure. Je pense que ça va beaucoup m’aider pour la respiration. Je n’avais jamais eu le nez nickel, toujours une narine bouchée et j’étais donc plus souvent malade. Cette opération commence à faire ses effets, je le sens. Le chirurgien m’a dit que c’était un processus un peu long.

 

Tu n’as pas regretté de zapper le contre la montre du championnat du monde ?

Non, je n’ai pas de regrets. Je me sentais un peu à bout de souffle, je n’avais plus le pic de forme du Canada et du championnat d’Europe. J’étais encore en bonne forme mais j’avais hâte d’arrêter. Bon, si j’avais accepté la sélection la tête aurait sans doute pris le dessus mais je voulais régler ça. Il fallait faire un choix. Je suis content que ça n’ait pas compromis ma reprise.

 

Il nous semble que as fait une bonne saison ?

J’aurais aimé gagner une course parce que je suis habitué à ça mais la saison a été bonne. Pas la meilleure non plus puisque je n’ai pas gagné mais elle a été riche et pleine en dépit de petites bronchites. Je n’ai pas eu de chute, je n’ai pas eu de creux, j’ai réussi à prendre des petits pics de forme. J’ai trouvé ma place dans l’équipe cette année…

 

C’est étonnant de t’entendre dire ça, tu es un cadre de cette équipe FDJ ?

Les places sont chères pour être leader mais aussi pour avoir la confiance de tous. En 2011, j’avais obtenu six victoires, j’avais un petit rôle de leader puis ma chute dans un cyclo-cross, dans laquelle je me suis cassé des vertèbres, m’a arrêté net. Il m’a fallu du temps pour me reconstruire. D’autres leaders sont arrivés. En 2011, il n’y avait pas Vichot, pas Pinot et pas Démare. Maintenant on fait avec eux. Moi, j’ai trouvé ma place, j’adore travailler avec Thibaut. J’ai accepté d’autres tâches. Je ne suis pas fait pour être leader à 100% mais je veux l’être quand même à 30%. Je l’ai fait cette année. On a évolué, l’équipe et moi.

 

Et quand tu avais ta carte à jouer, tu l’as bien jouée !

J’ai fait tout le début de saison pour Thibaut hormis dans les classiques Ardennaises qui ne se sont pas bien passées. Après le Tour, j’ai compris dans la Classique San Sebastien que j’étais bien. J’ai fini tout près du top 10 dans une classique Word Tour. Cette 11e place ma donné la confiance pour le Canada où j’ai répondu présent.

 

Tu sais que tout le monde aime bien travailler avec Thibaut ?

Travailler pour lui c’est l’assurance d'avoir des résultats mais je m’entends bien avec lui, on a un bon feeling. Mon travail a été axé sur des courses par étapes, dans un rôle qui n’est pas le mien quand je pense à moi. Ça me libère. Quand je vais au Pays-Basque, je n’y suis pas pour moi. Je fais bien mon travail et ça me profite pour après. Maintenant, j’espère que l’équipe va se souvenir de ma troisième place au Québec. J’arrive à maturité, ce sont les courses World Tour qui me font envie et si je n’ai pas les épaules pour être leader toute l’année -je ne supporte pas la pression tout le temps – je n’ai pas envie d’être équipier tout le temps non plus.

 

Tu nous as souvent dit que tu doutais beaucoup ?

Je suis conscient de mes capacités mais parfois je ne suis pas à ma place et j’essaie de comprendre. C’est souvent de ma faute. Dans mon esprit, le podium à Québec ce n’est pas anodin. Cette année m’a fait évoluer. Je doute moins de moi. Après c’est un cercle qui doit bien fonctionner. De mes jambes, je suis sûr. Mais elles ne suffisent pas pour gagner des courses.

 

 

 

Quel est ton meilleur souvenir cette année ?

Mon meilleur souvenir c’est le Québec sans hésitation. Le podium, là-bas, c’était chouette parce que je pense que je ne pouvais pas faire mieux. Il y a aussi le contre la montre du championnat de France. A l’arrivée, j’ai vu Thibaut, dans un regard j’ai compris que nous avions fait un truc et il y a eu une belle émotion.

 

 

 

 

Au Québec tu as aussi rappelé qu’en soignant ton placement, tu peux obtenir de super résultats ?

Ce n’est pas une qualité innée, c’est vrai. Je ne suis pas Julian Alaphilippe qui frotte bien ou Peter Sagan toujours placé qui ne commet pas une erreur. Moi je perds souvent sur mon placement, pas sur mes jambes. Il faut dire que dans le World Tour, on ne se place pas seul et longtemps je n’ai pas eu une équipe à mon service au départ d’une course. Si je me débrouille seul, au final les jambes vont manquer. Après c’est du dosage, il faut courir à l’économie. C’est difficile de faire des résultats sans être aidé. Si je me retrouve dans la même situation qu’au Grand Prix de Québec, je prendrai mes responsabilités. Les courses en circuit, de toute façon, ça me réussit.

 

Tu es répertorié comme un très bon rouleur français sans toutefois être toujours régulier ?

Je fais des années avec des gros chronos et puis d’autres vraiment nuls. Le point clé, c’est le championnat de France. Je le prépare bien et de la même façon chaque année et parfois ça ne marche pas. Le stress aussi compte beaucoup : je me dit que je suis capable et ça peut me faire flipper. Un chrono c’est spécial et je ne suis pas Cancellara non plus. Je suis un bon rouleur mais ça ne suffit pas. A Vesoul, le parcours me plaisait, la chaleur aussi quand d’autres ont buté. Au championnat d’Europe à Plumelec, j’ai fait une grosse performance. 5e c’était bien mais il n’y avait pas un plateau gigantesque hormis Castroviejo qui est vice-champion du monde. Bon, je me dis que je dois arrêter de gamberger mais parfois j’ai besoin d’être serein et zen, sans la pression négative.

 

Tu as repris l’entraînement ?

Je viens de passer une semaine en Lorraine, dans ma famille et j’ai repris il y a une semaine parce que j’ai demandé à faire le Tour Down Under en Australie en janvier. J’aime bien et ça me correspond. Nous les Européens, nous y sommes un peu désavantagés. Donc j’ai repris et je sais que je vais devoir être sérieux dès le début décembre.

 

Ton programme est fixé ?

Non. En 2016 je n’avais pas choisi mon programme mais en plus il faut attendre de voir le calendrier World Tour en 2017. De toute façon, les Grands Tours décident du reste.

 

Et le Tour passe en Lorraine ?

Il passe en Lorraine mais pas seulement. En Belgique, au Luxembourg pas loin de Verdun, dans les Vosges que je connais bien, à Troyes où vivent mes parents, à Marseille pas loin de la famille. Ça donne envie. Et il y a cette étape à Longwy, j’y ai gagné au Circuit de Lorraine. J’ai vu aussi le parcours du Giro, en Sardaigne, en Sicile où je viens d’aller en vacances, puis dans le sud de l’Italie. C’est très tentant. Mon envie c’est de faire au moins un Grand Tour par an mais je ne me prends plus la tête parce que ça ne sert à rien et il faut accepter les choix de l’équipe.

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