le 23 janv. 2015
Le discours consistant à dire ''on prend le départ et on verra en cours de route'', ce n'est plus possible.

"L'EQUIPIER A UNE RECONNAISSANCE, IL GAGNE PAR PROCURATION"

 

Depuis quelques saisons, vous axez beaucoup votre groupe sur le collectif mais du coup, seulement quatre coureurs ont levé les bras la saison dernière ?

Oui, on travaille autour de nos leaders et ça laisse moins de marge à leurs équipiers. Il faut tenir compte de ce qu'est le World Tour. Ce n'est pas spectaculaire, ça se joue souvent dans le "money time" et on est bien obligé d'en tenir compte même si ce n'est pas ma tasse de thé. Le vélo a changé. Le baroudeur à la Française, chez nous c'est fini. Les states sont claires: 80% des courses se gagnent au sprint, les autres se jouent dans des arrivées au sommet. On doit donc s'articuler sur nos points forts. Le discours consistant à dire ''on prend le départ et on verra en cours de route'', ce n'est plus possible.

 

Ce doit être parfois frustrant pour les équipiers ?

Chacun aura bien sa chance au moins une fois dans l'année mais, je le répète, le métier a changé. Je peux comprendre que ça ne convienne pas à tout le monde à force mais dans ce cas, le coureur peut aussi aller voir ailleurs. En travaillant comme il le fait chez nous, l'équipier a une reconnaissance contractuelle, il gagne par procuration et gagne sa vie. S'il n'adhère pas, il se met à l'écart du groupe. L'exigence du cyclisme aujourd'hui est que chaque coureur doit rapidement comprendre ce pour quoi il est fait. Nos deux jeunes sprinteurs, Marc Sarreau et Lorrenzo Manzin, on va les mettre dans les meilleures situations mais si au bout d'un moment ils ne gagnent pas, ils devront s'adapter et travailler autrement. C'est un exemple parmi d'autres.

 

Lorrenzo et Marc sont deux des quatre recrues. Comment s'est faite la venue de Steve Morabito qui a été longtemps le lieutenant de Cadel Evans ?

Le hasard a voulu qu'il sympathise avec Thibaut et Thibaut a fait en sorte qu'il vienne chez nous. Steve a un profil très intéressant parce qu'il a beaucoup d'expérience et qu'il sait accompagner son leader très longtemps en montagne. Arnold Jeannesson et parfois Jérémy Roy ou d'autres le faisaient très bien mais Steve, c'est son job. Il est méticuleux, expérimenté et va apporter de la sérénité et de la tranquillité à Thibaut en course.

 

"POUR NOUS REJOINDRE, KEVIN REZA A FAIT DE GROS EFFORTS FINANCIERS"

 

Pour attirer Kevin Reza, vous avez cassé votre tirelire ?

Kevin a suivi son entraîneur Sébastien Joly et voulait avoir la possibilité de s'exprimer dans des sprints, ceux intervenant après des courses dures, là où il y a des bosses. Chez nous, il va pouvoir jouer sa carte mais pour nous rejoindre il a fait de gros efforts financiers. Il a un salaire bien moins élevé que ce que certains veulent faire croire. Kevin a d'abord nourri un objectif sportif.

 

Pour nous résumer, dans son domaine chaque leader aura sa garde rapprochée ?

Oui Thibaut comptera dans les phases cruciales sur Steve Morabito, Arnold Jeannesson et Jérémy Roy. Arnaud Démare dans les classiques sur Mathieu Ladagnous et Yoann Offredo, dans les sprints sur Mickael Delage et Sébastien Chavanel. Arthur Vichot sur Anthony Roux et Benoît Vaugrenard qui ont faim, et sur Kevin Reza. Les autres, mes guerriers, ont un rôle bien entendu tout aussi fondamental, je parle de William Bonnet, David Boucher, Arnaud Courteille, Laurent Pichon, Anthony Geslin, Cédric Pineau, Murilo Fischer, Jussi Veikkanen et Francis Mourey. Je dois dire que j'attends aussi beaucoup d'Alexandre Géniez qui doit se stabiliser et de Kenny Elissonde qui s'est mis au taf. On verra ce que ça donnera au Giro.

 

Quel est l'objectif de victoires cette année ?

25 en espérant une classique même s'il n'y en a pas pour tout le monde.

 

Et dans un Grand Tour ?

On visera entre le Top 5 et le Top 10...

 

On dirait Guy Roux qui ambitionnait toujours le maintien ?

Ben oui...

 

Et quel sera l'objectif dans d'autres courses par étapes ?

Etre meilleur, bien entendu aussi avec Thibaut Pinot qui tentera un coup ou deux. J'ai un effectif en fonction de mon budget. Je suis obligé de faire avec. Un coureur en France coûte 40% plus cher qu'à l'étranger et notre budget se situe dans le dernier tiers du World Tour.